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Dépendances numériques : et si le déficit invisible était humain ?

Global Knowledge

Récap du Cyber talk présenté au Forum INCYBER — 31 mars 2026

Par Nicolas Herz (VP Sales France, Global Knowledge) & Bechir Sebai (CEO, ACG Cybersecurity)

Le paradoxe de l'investissement cyber

On n'a jamais autant dépensé en cybersécurité. Et pourtant, les chiffres 2024 de l'ANSSI dressent un tableau préoccupant : 4 386 événements traités, soit une hausse de +15% par rapport à 2023, dont 3 004 signalements et 1 361 incidents confirmés. En parallèle, 70% des répondants au baromètre CESIN 2026 (OpinionWay) déclarent ne pas disposer de ressources humaines et financières suffisantes. Pire encore, 88% des professionnels interrogés dans l'ISC² Workforce Study 2025 ont subi au moins une conséquence significative directement liée au manque de compétences internes.

La conclusion est claire : investir davantage dans les outils ne résout pas le problème si les équipes ne savent pas s'en servir, les challenger, ni prendre les décisions qui s'imposent.

La dépendance invisible : le facteur humain

Nicolas Herz et Bechir Sebai ont posé une thèse centrale dès les premières minutes du talk : la vraie dépendance numérique n'est pas technologique — elle est humaine. Tant que les organisations ne maîtrisent pas leur capital compétences en interne, toutes les autres dépendances (outils, prestataires, fournisseurs cloud) restent subies.

Le glissement est souvent imperceptible. Sur le papier, un contrat SOC externalisé offre supervision 24/7, alertes automatisées et reporting mensuel. Dans la réalité terrain, les équipes internes n'ont plus les réflexes pour comprendre les alertes, hiérarchiser les incidents ni — surtout — décider. Et c'est précisément là que réside l'angle mort : on peut externaliser un service, jamais la responsabilité de décider.

Reprendre la main : deux familles de rôles indispensables

Pour sortir de cette dépendance, les intervenants ont identifié deux pôles complémentaires dont l'absence de l'un rend l'organisation structurellement bancale :

Pôle Opération (capacité technique)

  • SOC & Détection
  • Qualification d'alertes
  • Gestion d'incident et pilotage de crise

Pôle Pilotage (capacité décisionnelle)

  • GRC & gestion des risques
  • Budgets & conformité (NIS2, DORA)
  • Feuille de route cyber & reporting COMEX

L'enjeu n'est pas de tout internaliser, mais de conserver en interne les rôles qui conditionnent la capacité à décider, challenger et arbitrer.

Les 6 capacités internes non négociables

Le cœur opérationnel du talk repose sur un socle de six compétences qu'aucune organisation ne peut déléguer entièrement à un tiers, quelle que soit sa taille :

  1. Gouverner — Piloter la stratégie cyber et arbitrer les priorités au niveau direction
  2. Réagir — Activer une réponse coordonnée, rapide et maîtrisée sous pression
  3. Détecter — Identifier les signaux faibles avant qu'ils ne deviennent des incidents
  4. Piloter les tiers — Challenger les fournisseurs avec des arguments techniques et contractuels solides
  5. Qualifier — Distinguer le bruit du signal et prioriser sans dépendre du seul prestataire
  6. Documenter — Produire les preuves de conformité exigées par NIS2, DORA et les auditeurs

Ces six capacités ne s'acquièrent pas en lisant des référentiels. Elles se forgent dans l'action.

Former autrement : le learning by doing comme seul levier réel

C'est le fil rouge du talk : les compétences ne s'activent pas sur des slides. La métaphore utilisée est directe — "on n'apprend pas à nager en lisant un manuel de natation". La montée en compétences efficace repose sur trois piliers :

  • Scénarios réels : environnements réels, attaques réelles, décisions en temps contraint
  • Labs techniques : simulations de ransomware, intrusion, exfiltration — sans théorie
  • Exercices de crise : décider sous pression, coordonner les équipes, communiquer vers le COMEX

Deux parcours de formation ont été présentés comme réponses concrètes à ces enjeux:

PASI — Piloter et Animer la Sécurité Informatique

Destiné aux profils de pilotage (RSSI, responsables conformité, DSI), ce parcours couvre la gouvernance et la conformité (ISO 27001/27005, RGPD, NIS2), la gestion des risques avec la méthode EBIOS RM, et la gestion de crise incluant PCA/PRA et communication exécutive. Livrable opérationnel : le candidat repart capable de structurer et piloter un budget, des projets et la stratégie cyber globale.

DTISI — Détecter et Traiter les Incidents de Sécurité Informatique

Avec 50% de pratique, ce parcours immersif cible les profils techniques (analystes SOC, équipes IR). Il couvre la maîtrise des outils SIEM/SOAR (Elastic, Splunk), l'investigation & forensics (Threat Hunting, analyse système et réseau), et la réponse à incidents (confinement, remédiation, fiches réflexes). Livrable opérationnel : le candidat s'entraîne sur un SOC opérationnel 24/7 pour développer des réflexes d'intervention immédiats.

Les parcours PASI et DTISI sont référencés sur CampusAtlas, ce qui permet aux entreprises adhérentes à l'OPCO Atlas de mobiliser une prise en charge jusqu’à 100% des coûts pédagogiques. Une opportunité concrète pour lever le frein budgétaire et enclencher une première montée en compétences sans attendre.

De l'indépendance subie à l'autonomie choisie

Le talk s'est conclu sur trois questions que chaque RSSI et décideur est invité à se poser dès maintenant :

  1. De qui dépend-on réellement pour décider aujourd'hui en cas de crise ?
  2. Quels rôles critiques sont trop fragiles ou trop concentrés dans votre organisation ?
  3. Quel premier parcours de montée en compétences pouvez-vous lancer maintenant ?

La phrase de clôture résume l'ambition du talk : "Maîtriser ses dépendances numériques, c'est d'abord investir dans celles et ceux qui les gouvernent."

Pour prolonger la discussion sur vos dépendances et explorer les parcours adaptés à votre organisation, contactez Global Knowledge.